Maximilien Pellet -L’art comme paroi, le décor comme langage
Chez Maximilien Pellet, l’art commence rarement par un tableau isolé. Il débute par une surface, une paroi, un sol. Un espace à habiter plus qu’à regarder. Né à Paris en 1991, l’artiste développe depuis une dizaine d’années une œuvre singulière, à la frontière de l’art, de l’architecture et des arts décoratifs, où la forme ne se donne jamais seule mais toujours comme fragment d’un ensemble plus vaste.
Diplômé de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris, Maximilien Pellet s’est très tôt intéressé à la manière dont les images circulent, se transforment et s’inscrivent dans l’espace. Sa formation en image imprimée explique sans doute son aisance à penser la surface comme un champ de composition : une logique de répétition, de découpe, de rythme. Mais chez lui, l’image quitte rapidement le papier pour rencontrer la matière, et surtout la terre.
© Agathe Boudin
L’argile devient son médium central. Liquide ou modelée, enduite, découpée, émaillée, cuite puis assemblée, elle permet à l’artiste de construire un vocabulaire formel d’une grande cohérence. Chaque élément semble pouvoir s’imbriquer dans un autre, comme si l’ensemble de son travail obéissait à une logique d’assemblage.
Cette pensée par fragments évoque le principe du puzzle chinois, le tangram : un carré originel brisé en quelques pièces simples, dont la recomposition ouvre une infinité de figures possibles. Chez Maximilien Pellet, le décor naît précisément de cette économie de moyens. Quelques formes suffisent, répétées, déplacées, inversées, pour générer des configurations toujours nouvelles. L’œuvre ne repose pas sur l’accumulation, mais sur la ruse, l’agencement, la précision du geste.
© Gregory Copitet
Si son travail dialogue avec la sculpture et l’architecture, il manifeste un attachement évident à la planéité. Ses œuvres, revendiquent leur statut de surface. Elles pavent, tapissent, recouvrent. La géométrie y est omniprésente, parfois bancale, jamais décorative au sens léger du terme. Elle convoque au contraire une mémoire ancienne : celle des sols antiques, des fresques, des murs vernissés, des espaces où l’image fait corps avec le bâti.
Cette fascination pour la paroi traverse l’ensemble de son parcours. Elle s’exprime autant dans ses expositions que dans ses nombreuses commandes architecturales, réalisées pour des lieux d’exception. Des vitrines Hermès à Tokyo aux murs du Cheval Blanc, des hôtels internationaux aux résidences privées, Maximilien Pellet inscrit son travail dans des contextes haut de gamme où le décor devient une expérience immersive. L’œuvre n’est plus un objet autonome mais une composante du lieu, pensée en dialogue étroit avec l’architecture.
Son rapport au dessin demeure fondamental. L’artiste continue de travailler par croquis, remplissant carnets et cahiers de formes, de signes, de figures. Ces dessins ne sont pas des projets figés mais des matrices, des réserves visuelles dans lesquelles il puise pour composer ses installations. Ils témoignent d’un rapport presque archéologique à l’image.
Les références qui nourrissent son travail traversent les époques et les cultures. Sans jamais citer directement, Maximilien Pellet s’inscrit dans une réflexion sur la migration des formes : comment des motifs anciens, issus de civilisations lointaines ou disparues, traversent le temps pour réapparaître, transformés, dans nos paysages contemporains. Son œuvre est l’illustration poétique de la tension visuelle.
Cette approche l’a conduit à s’illustrer très tôt sur la scène artistique. Révélé notamment au salon Jeune Création en 2018, où il reçoit plusieurs prix, il participe l’année suivante à la Design Parade de Toulon, organisée par la villa Noailles, où son travail est remarqué pour sa capacité à détourner les codes du design et de l’architecture intérieure. La Double V Gallery l’accompagne depuis 2020, lui consacrant plusieurs expositions personnelles, à Paris comme à Madrid, et aujourd’hui à l’Abbaye de Fontevraud, où il propose un parcours immersif artistiquement historique jusqu’au 02 mars 2026.
En 2024, son exposition Decorum confirme la place centrale qu’occupe le décor dans sa pratique. Non pas comme simple ornement, mais comme langage à part entière. Un langage qui structure l’espace, convoque l’imaginaire et engage le corps du spectateur. Chez Maximilien Pellet, regarder implique souvent de se déplacer, de marcher, de traverser.
© Double V Gallery
Artiste de l’année 2024 pour la Villa Noailles, résident en 2025 à l’Abbaye royale de Fontevraud, Maximilien Pellet poursuit aujourd’hui un travail d’envergure où les frontières entre art, architecture et artisanat s’effacent. Son œuvre ne raconte pas une histoire unique, mais propose des systèmes ouverts, des décors à activer, des surfaces habitées par des formes anciennes rendues à nouveau vivantes.